Le Luxe…à tout Prix!

Extraits (mise à jour: 28 août 2007)

  • Extrait 1: UN STAGE A PARIS!!!

J’étais allongée sur la plage, entre mon petit ami et ma sœur de 12 ans, quand mon téléphone se mit à me hurler violemment dans l’oreille. Avant même que la seconde sonnerie ne retentisse, je saisissais le portable pour voir s’il s’agissait bien de l’appel que j’attendais : celui qui m’annoncerait la réponse à ma candidature pour un stage. Cela faisait plus de deux mois que j’étais à la recherche de mon premier stage dans le luxe, à Paris. Venant de province, je me disais que le seul moyen d’intégrer ce milieu si prestigieux, était de venir m’installer dans la capitale de la mode, de l’art de vivre et du raffinement. L’entretien que j’avais passé un mois auparavant dans une société d’évènementiel qui venait de se lancer, m’avait laissée plutôt perplexe. Trente minutes en français suivi de trente minutes en anglais sur mes expériences passées (alors que je n’en avais pas beaucoup encore), puis mes définitions du luxe et du marketing, ne m’avaient pas tellement convaincue. Alors, valait-il mieux que je laisse Madame Zwietler s’entretenir avec ma messagerie vocale ? Certainement pas, je devais répondre et accepter le verdict. Ca faisait un mois que j’essayais de la contacter, en vain, pour obtenir une réponse. 

«-  Allo, bonjour.

- Julie?

- C’est bien moi.

- Je fais suite à l’entretien que nous avons eu fin juin concernant le poste de responsable de la communication et du marketing dans notre société, 

- Oui,

- Je vous annonce que vous faites désormais partie de l’équipe d’ Elégance&Volupté! Félicitation Julie ! me dit-elle d’un ton fier et déterminant.

- Je suis ravie, vous ne le regretterez pas, j’ai hâte d’être l’une de vos collaboratrices !- Et bien tant mieux car je vous propose de commencer dès que possible. Dans cinq jours, cela vous convient ? Ca vous laissera le temps d’aménager à Paris.- Eh bien…heu, oui cela me convient. » Je ressentais à la fois de l’enthousiasme et de la peur. J’étais bien sûr ravie d’être enfin prise dans cette agence qui me plaisait tant, mais cinq jours, cela me paraissait être un très court délai pour parcourir huit cents kilomètres, trouver un appartement, des meubles, me faire à ma nouvelle vie. Je sentais des larmes parcourir mes yeux, de joie peut-être, de soulagement. Il faut dire que je pleurais souvent. Mes deux années de classe prépa m’avaient « ultra sensibilisée » : depuis, je ne retenais plus mes émotions ; Et la tristesse, la peur, l’énervement comme la joie, me faisaient pleurer. Yohan ne comprenait pas. Je lui ai fait un petit signe de la tête. Il a sourit, m’a félicitée et m’a dit que maintenant, nous allions pouvoir nous installer sérieusement dans cette ville qui nous faisait tant envie.

 

  • Extrait 2: MON PREMIER JOUR 

Mon premier jour : je voulais faire bonne impression. Je connaissais parfaitement l’itinéraire à emprunter pour ne pas prendre le risque d’arriver ne serait-ce qu’une minute en retard.  

J’étais dans le seizième arrondissement de la plus belle ville du monde, devant la petite porte blanche de ma nouvelle entreprise. C’était encore fermé. J’attendais, la peur au ventre, étriquée dans mon petit tailleur noir, et terriblement stressée. Puis, la confiance est revenue, une dizaine de minutes plus tard, lorsque j’ai aperçu la première stagiaire arriver. Elle se dirigeait vers moi d’un pas pressé. Son sourire laissait deviner sa gentillesse et sa générosité. Rosa était d’origine Mexicaine, avec des formes avantageuses et de longs cheveux bruns. Elle portait une tenue plutôt décontractée, ce qui me rassura, je n’aurais pas à m’habiller en tailleur tous les jours, c’est déjà ça de gagné ! Rosa s’approchait de moi. Je pense qu’elle m’avait reconnue, moi, la nouvelle stagiaire du marketing. Après m’avoir fait entrer, elle me proposa gentiment de prendre un café. Je n’en buvais pas, j’en détestais le goût amer, mais par politesse j’ai accepté. Elle s’est présentée, et m’a dit quelques banalités pour me mettre à l’aise. En même temps que je l’écoutais, j’observais les bureaux qui me semblaient beaucoup plus petits et étroits que lorsque j’étais venu passer mon entretien.

Il s’agissait d’un appartement reconverti en entreprise. Il y avait deux pièces moyennes, les deux chambres, occupées par la PDG, Madame Zwietler et son associée Madame De Thorelles ainsi que deux autres stagiaires, et une petite pièce située juste derrière l’entrée, qui elle-même était occupée par deux bureaux que se partageaient quatre stagiaires.  Il était 9h30, j’étais toujours dans l’entrée, assise sur une chaise du designer Stark. Je ne savais pas du tout ce que l’on attendait de moi, ce que je devais faire pendant cette première journée de mon premier stage.

Je l’aperçu, Madame Colyne Zwietler, ma patronne. Elle avait garé sa voiture sur le trottoir à la sortie d’une résidence située devant l’entrée des locaux. Elle était grande, très mince, et sa veste Dior orange n’allait pas du tout avec sa jupe bleu marine. Sa démarche, assez masculine, m’impressionnait beaucoup. Colyne était issue d’une grande famille d’aristocrates, et suivait le parcours de ses parents, diplômés d’HEC et chefs d’entreprises.  

Elle m’a salué et m’invitait dans son bureau. Colyne  m’expliqua que, pour commencer, je serai formée par Arnaud, sur l’aspect commercial et financier de l’entreprise. Il m’apprendrait ainsi le fonctionnement de l’a société, la gestion des inscriptions, le contact avec les clients, les partenariats avec d’autres agences d’évènementiel, l’encaissement des chèques et tout ce qui était vital pour l’entreprise. Arnaud était le plus ancien et le plus expérimenté. Il était en apprentissage chez E&V depuis deux ans, et il ne lui restait qu’un mois et demi de travail. J’avais compris que je devrais rapidement assimiler tout ce qu’il faisait pour pouvoir servir de back-up une fois qu’il ne serait plus là. Les autres stagiaires me paraissaient assez sympas. Il y avait Caroline et Camille : la première s’occupait de la communication, je devrai, après ma formation, reprendre son poste, et Camille était chargée de la traduction pour le site Internet et divers documents de communication ou de marketing. Garel était web master, Rosa et Arnaud les commerciaux et Tom, le japonais, faisait l’interprète pendant les cours, il prospectait de nouveaux marchés, allait aux réunions clients, etc.

Finalement il n’y avait qu’une seule salariée dans cette entreprise : la professeur d’art floral, Sophie.

  • Extrait 3: LA FACTURE

Tout à coup, nous avons vu Colyne sortir de son bureau dans une rage folle. Elle se posta au milieu de la pièce principale, à l’entrée, et cria :

 « Réunion générale, tout le monde vient ici de suite ! »

J’étais très impressionnée par son regard sombre et ses sourcils froncés. Le temps que tout le monde se déplace, elle fit quatre ou cinq petits soufflements d’impatience :

« Pffff, pffff, pffff, pffff…. » 

Elle poursuivit :

« Je viens de recevoir la facture de téléphone. Comme vous vous en doutez, elle est détaillée. Je vois des appels de plus de vingt minutes vers des portables. Je veux savoir qui est responsable et de suite. »   

Arnaud pris la parole :

« - Colyne, il doit probablement s’agir d’un appel passé à un client. J’appelle souvent les clientes pour leur expliquer le déroulement du cours, l’itinéraire à prendre pour se rendre au Crillon ou pour leur décrire les modalités de paiement.

-   Arnaud, je ne suis pas stupide, tu ne restes jamais plus de cinq minutes au téléphone, tu connais parfaitement mes consignes.

-   J’espère que le responsable viendra se dénoncer aujourd’hui. Sinon ce soir j’appelle le numéro. Je saurai donc qui a fait ça. » 

Je me sentais rassurée car je n’étais pas encore dans l’entreprise au moment où l’appel avait été passé. Et je savais dorénavant à quoi m’attendre : aucun appel perso !

Pendant la pause déjeuner, Colyne et Candice partaient souvent avec des amis ou clients à l’extérieur. A la grande joie des stagiaires qui pouvaient enfin détresser un peu !

Les locaux étaient équipés d’un espace cuisine avec un lavabo et un four micro-onde. Nous amenions nos plats à réchauffer, et nous nous réunissions tous sur les deux bureaux de l’entrée. Nous étions un peu étriqués, mais c’était le seul moyen de déjeuner tous ensemble. Je me suis vite aperçue que la conversation était essentiellement basée sur des anecdotes au sujet de nos deux patronnes. Ce jour là Caroline nous racontait que Colyne était entrée dans son bureau dans la matinée, le sourire au lèvres, et lui a dit :  

« - Caroline, tu vas être contente ! Je sais que tu es passionnée d’automobiles…Je pense qu’il est important de récompenser mes stagiaires de temps en temps. Et j’ai donc un petit cadeau pour toi !

- Vraiment ? Il ne fallait pas, c’est très gentil à vous.

- Je vais le chercher, il est dans mon sac. » 

Elle est revenue deux minutes plus tard avec un sac en plastique de la marque Peugeot. C’était ça le cadeau, un sac plastique qu’elle avait récupéré lors de l’un de ses achats. Caroline l’a remercié, elle était tellement étonnée par le ridicule de cette attention, qu’elle avait du mal à ne pas exploser de rire.Tout le monde rigolait, et tour à tour, chaque stagiaire nous racontait sa petite histoire.  

« - Ca me fait penser au cadeau de départ de Naima ! Lança Thomas.

- Vous vous rappelez ?

- Moi je n’étais pas là, raconte !

- Naima est restée avec nous environ six mois et elle a fait du super boulot. Le jour de son départ alors que nous étions en train de lui dire au revoir, Colyne est venu la féliciter pour son travail et elle lui dit :

« Attends, pour te remercier j’ai pensé à toi, j’ai un petit cadeau ! » et à ce moment là elle sort un Twix écrasé de son sac ! On s’est tous regardé étonnés ! Elle était sérieuse, c’est ça le pire ! Elle se paye des vestes Chanel et des accessoires de luxe, mais pour les cadeaux c’est sacs plastiques et vieux gâteaux écrasés… » 

Au fur et à mesure des conversations, j’apprenais à mieux cerner nos supérieures.

  • Extrait 4: l’Atelier “Gastronomique”  

Le lendemain, j’avais rendez vous à 14h à l’Atelier Gastronomique de Paris pour accompagner les chefs cuisiniers durant leur prestation.

Ils devaient animer un cours d’art culinaire auprès d’un groupe de diplomates qui avaient été invités par leur employeur.

Arnaud était avec moi, je conduisais la voiture de Colyne, car elle voulait que nous passions à la cave à vin pour récupérer les bouteilles de grands crus que ces messieurs allaient déguster.

D’habitude, ça ne la dérangeait pas de nous faire porter des paquets, colis et autres, dans les transports en commun, mais je crois que ce jour là elle n’avait pas trouvé de place, et elle voulait, pour une fois, éviter la fourrière !

C’était la première fois que je conduisais dans Paris. Je ne me sentais pas très à l’aise au volant de sa Mercedes, mais finalement cette petite promenade avec Arnaud était plutôt sympathique. C’était l’occasion de sortir un peu de nos bureaux. En tournant le volant pour prendre le rond point de l’Arc de Triomphe, j’ai senti quelque chose de gluant et visqueux se coller à ma main.  

«  – Arnaud, devine quoi !

- Qu’est ce qui se passe, pourquoi tu fais cette tête ?

- Il y a un chewing-gum collé sous le volant !

- Tu plaisantes ?

- Non regarde, un gros chewing gum tout frais !

- C’est dégueulasse !

- Quelle bêtise de coller ça sous le volant de sa propre voiture, et pas une épave en plus, une Mercedes SL500 !

- Elle n’est pas claire des fois Colyne, il n’y a qu’elle pour faire ce genre de choses. » 

Nous avons rit pendant au moins dix minutes.

Nous arrivions enfin devant l’atelier, il n’y avait pas de places. C’était vraiment compliqué de se garer dans Paris. Les gens étaient pressés et pas vraiment courtois au volant. Ça, je l’avais vite compris, le temps c’est précieux, il ne faut pas le gâcher, faire vite, faire vite tout le temps. Etant de nature assez impatiente, ça me convenait plutôt au début, par principe. Mais au quotidien, c’était épuisant. Tout le monde se plaint des gens qui courent dans le métro, qui marchent tête baissée dans la rue, qui vous bousculent en sortant du bureau, mais au final, tout le monde le fait, et moi la première. C’est assez navrant. C’est une des raisons pour lesquelles j’avais décidé que je ne voulais pas élever mes enfants dans cette ville.

Nous avons donc déposé les cartons devant l’entrée, avant de chercher une place pendant environ vingt bonnes minutes.

L’atelier gastronomique de Paris était un paradis pour les amateurs de cuisine. Au rez-de-chaussée tous les ustensiles imaginables de cuisines étaient réunis, accrochés au plafond, exposés sur des étagères en bois et  des cheminées…Nous avons traversé cette magnifique boutique pour accéder à l’atelier culinaire qui se situait à l’étage.

Après avoir salué le cuisinier et les commis, nous avons déposé des brochures de notre société sur les tables, puis nous avons décoré le lieu avec des bouquets de fleurs récupérés dans les cours d’art floral.

Les invités commençaient à arriver, nous les saluions, prenions leurs vestes, puis nous restions dans un coin de la salle durant le cours afin de veiller au bon déroulement de la séance.

Les invités suivaient les instructions du cuisinier, et préparaient eux-mêmes leur repas gastronomique.

Au menu : la Salade gourmande, le Filet de Sandre « poché à l’estragon et son coulis de tomates », le plateau de Fromages affinés avec sa salade aux pignons et pour finir, le Moelleux tiède au chocolat, glace à la menthe et coulis d’abricot.

C’était assez peu commun de voir ces hommes d’affaires avec leurs costumes Hugo Boss recouvert d’un tablier « E&V », en train de vider le poisson et d’éplucher des légumes !

Les commis récupéraient les détritus, arrêtes de poissons et épluchures, pour les jeter dans une grande poubelle afin de garder une cuisine propre.

Le cuisinier se retourna brutalement vers les commis au moment où ils jetèrent les déchets. Il y avait un problème. Le cuisinier s’excusa auprès de ses apprentis et se dirigea vers nous discrètement : 

« - Bon les enfants on a un soucis, mes commis ont fait une boulette, nous avons besoin des arrêtes de poisson pour faire la décoration de l’assiette, c’est absolument indispensable ! Et ces imbéciles viennent de les foutre à la poubelle ! Vous devez me les récupérer discrètement et me les ramener dans une assiette. »  

Je regardais Arnaud, il me fit un petit clin d’œil et s’approcha de la poubelle. J’étais tellement choquée qu’un grand cuisinier, devant ses hôtes, nous demande de récupérer des déchets pour décorer les assiettes ! C’était trop sale ! Nous avons quand même exécuté les ordres, après tout, nous étions là pour ça. Mais c’était tellement gros, les invités allaient forcément s’en apercevoir, et que penseront-ils ? Apparemment ça n’était pas l’important pour le chef.

La séance dura encore deux heures. Nous étions autorisés à partir une fois que les diplomates seraient à table en train de déguster leur cuisine.

  • Extrait 5: Problèmes de peau

En allant prendre le métro, à Passy, j’observais les gens dans les bars, ils venaient prendre l’apéritif après le bureau, et les célibataires profitaient de ces « after-works » pour faire de nouvelles conquêtes.  Les magasins étaient fermés depuis longtemps. J’avais envie de faire les boutiques, de profiter de Paris, cette ville que je ne connaissais pas encore, et que je n’avais pas le temps de parcourir. Prise dans un élan d’enthousiasme, j’ai voulu prendre le métro en direction du Marais, et aller me balader dans les rues pavées de ce quartier que je voulais tant connaître. Mes copines m’avaient parlé des boutiques vintages dans lesquelles ont pouvait trouver des bottes en cuir super tendance, des fripperies, des petits cafés, des marchands de glaces Italiennes, et des fallafels de la rue des rosiers…Mais j’étais bien trop fatiguée pour faire tout ça, ce week-end je me suis dit, ce week-end peut-être.   En rentrant j’ai aperçu une petite note sur la table :  ‘Rejoins moi au Pub Saint-Germain je t’attends. Je t’aime. Yohan’  Il fallait donc que je reparte. Que je trouve la motivation de sortir. De toute façon ça me faisait peur de rester chez moi à ne rien faire le soir. Je me disais, à mon âge, si je n’en profite pas, je n’en profiterai jamais. Seulement ce dicton fonctionne quand on est en cours et qu’on hésite à aller à une soirée qui serait susceptible de nous faire rater le cours de finance du lendemain, mais lorsqu’on est en entreprise, on doit être à 100%, est la fatigue se fait vite ressentir. Je rejoignais donc Yohan dans ce Pub, l’endroit était immense, avec plusieurs salles et de grands lustres au plafond, très chic et raffiné. C’était bon de sortir, de voir d’autres personnes, de parler de choses communes, de boire et de rire. Nous sommes rentrés par le dernier métro, nous étions bien. L’alcool et la fatigue me faisaient tourner la tête.   Heureusement, le lendemain, Colyne et Candice n’étaient pas au bureau. Sans doute un rendez-vous important avec des clients. J’avais remarqué que les filles de l’entreprise s’habillaient de façon assez décontractée, et même si j’avais eut un peu de mal à mettre un jean au début, je me l’étais permise ce jour là. Je savais que je devais être présente à un cocktail le soir, mais j’avais prévu de rentrer déjeuner chez moi et de me mettre en tenue de soirée à ce moment là. Seulement ce que je n’avais pas anticipé, c’était la réaction de Candice en me voyant habillée de cette manière. Elle est entrée dans le bureau, m’a regardé comme si elle avait vu un monstre et s’est exclamé :  « - Julie ! - Oui. - Est-ce que tu es sérieuse ?- Mais à quel propos ?- Tu sais que tu es au cocktail du Montalembert ce soir ? Tu ne comptes pas y aller dans cet accoutrement j’espère !- Non, bien sur, Candice, je déjeune chez moi, je me changerai à ce moment là.- Ah, je préfère. »  Voilà, je venais de lui faire sa petite frayeur de la journée. Je me sentais maintenant trop nulle avec mon jeans et mes baskets, j’avais honte. Je me remettais à travailler, quand Colyne entra dans le bureau. Elle me demandait si j’allais bien, et où j’en étais dans ma « To Do Liste ». Car tous les matins, nous devions mettre à jour notre liste de choses à faire dans la journée, notre « To Do », et même si j’avais mis un peu de temps à le comprendre, cela était très important. En effet, Colyne venait vérifier, plusieurs fois par jour, où nous en étions dans notre liste, si nous avions avancé ou pas et elle en profitait pour ajouter quelques taches supplémentaires. J’en rêvais la nuit de ma « To Do ». Enfin elle checkait tout ça et elle posa son regard sur mon visage.  « - Tu es sûre que ça va Julie ? J’étais surprise par tant d’attention de sa part.- Oui très bien, je vais au Montalembert ce soir, je passerai me changer pendant ma pause déjeuner.- OK, Génial, mais est ce que tu as des problèmes de peau ? Comment ça des problèmes de peau, mais de quoi elle se mêle encore.- Effectivement, j’ai la peau assez fragile et je fais une réaction à la pollution, j’ai quelques petits boutons.- Ah oui, quelques petits boutons…parce que je me souviens de ton entretien, tu étais bronzée, un teint magnifique, mais là, tu es toute pâle et pleine de boutons ma petite, il faut réagir. » 

Je ne préférais ne pas répondre. Souris, souris, rends lui son petit sourire coincé et hypocrite, me disais-je.

Quel culot, est-ce que je la jugeais sur ces tenues horribles, sur sa façon de se coiffer… Le plus marrant, c’était quand elle revenait de chez le coiffeur, elle était toute fière, alors qu’on ne voyait aucune différence. C’est le genre de personne qui garde la même coupe de cheveux toute sa vie. Son carré légèrement dégradé lui convenait très bien, car comme elle n’était pas féminine, pas de maquillage, pas de bijoux, cette coupe lui permettait de ne pas se coiffer. De cette manière, elle gagnait certainement dix minutes le matin !

  • Extrait 6: La descendance

Le lendemain, Colyne arriva sous les coups de 11h. On la voyait sortir de sa grosse voiture, avec un objet assez encombrant sous le bras. A sa gauche, un petit garçon l’attendait. Il se tenait droit, les yeux fixés sur elle, et il machouillait le col de son polo Ralph Lauren. Arnaud donna l’alerte : « Colyne arrive, avec ses enfants ! ».

Tout le monde était sur le qui vive. J’étais curieuse de la voir avec eux. Elle poussa violemment la porte d’entrée, et posa le landau du plus petit à terre.  

« - Bonjour tout le monde, je vous préviens, la journée commence mal, la nourrice est malade ! Et résultat, je me tape la garde des gosses. Je compte sur vous pour les surveiller car j’ai beaucoup de travail. Je vous fais les présentations : le petit c’est heu, c’est, … » 

Elle regarda rapidement sa gourmette, sur laquelle était inscrits deux prénoms et poursuivit :  

« - le plus petit c’est Philibert et l’autre c’est Pierre-Jean. Les enfants, voici mes stagiaires, ils seront gentils avec vous, vous allez les aider à travailler, on va jouer, comme les grands ! »

Pierre-Jean s’exclama :

  « – Oui, Maman, nous allons travailler, comme toi. Moi je veux travailler, je ne veux pas jouer ! ». 

Tandis que Colyne regardait la « To Do List » d’Arnaud, elle balançait brusquement le landau du bébé avec son pied. Je voyais arriver le moment où elle le renverserait par terre et où elle lui mettrait un coup de sa chaussure Gucci dans sa petite tête fragile. Elle nous confia donc la garde des enfants et alla s’enfermer dans son bureau. L’idée de passer du temps avec des enfants ne me déplaisait pas. Cela me rappelait le temps où je m’occupais de ma petite sœur. Elle me manquait beaucoup depuis que j’avais quitté la maison pour partir en prépa. Je me suis occupée d’elle dès l’âge de neuf ans, et sa naissance avait été, et restera toujours, le plus beau jour de ma vie. Je me rappelais être allée la chercher à la clinique Champeau, quelques jours après l’accouchement de ma mère. Mes parents étaient en train de remplir les formalités administratives à l’accueil, et je devais m’occuper de ce petit être tellement fragile. J’ai le souvenir de ses larmes, je ne comprenais pas pourquoi elle pleurait, je me sentais incapable, je n’arrivais pas à la consoler. Mes parents nous avaient retrouvées toutes les deux en sanglots dans la chambre de l’hôpital.

Je me proposais donc pour surveiller les deux petits garnements de notre PDG. Le désir de travailler que ressentait Pierre-Jean ne faisait aucun doute ; je lui confiais donc la responsabilité de la réception de mes impressions. Puisque ce jour là je travaillais au bureau juste à côté de la photocopieuse. Je lui ai ensuite proposé de m’aider à faire les packages de notre entreprise. L’idée était de mettre dans un petit étui prévu à cet effet, des feuilles cartonnées sur lesquelles étaient présentées nos prestations. Nous distribuions cette publicité dans les grands hôtels, à nos partenaires ainsi qu’aux clients. Le petit Pierre était concentré sur son activité et prenait à cœur sa nouvelle fonction. En revanche, Philibert pleurait, hurlait, criait… impossible de le calmer, rien ne fonctionnait, pas même la petite berceuse d’Arnaud ou les marionnettes de Rosa. Colyne entra dans le bureau furieuse. Elle pris le berceau, nous lança un regard sévère, et retourna dans son bureau. Nous pouvions enfin reprendre nos activités.

Je devais chercher de nouvelles revues dans le secteur du luxe, les référencer dans notre dossier presse, puis appeler les rédactrices et journalistes pour que nous puissions avoir un article dans leur prochain numéro. J’idéalisais tellement le métier des journalistes de ce genre de revues. Ils étaient sans cesse sollicités par des entreprises, des artistes, pour tester leurs produits, aller voir leurs vernissages, écouter leur CD…le paradis ! Je les enviais beaucoup. Toujours découvrir de nouvelles choses, et avoir le pouvoir de les faire connaître au grand public.  Pendant ce temps, Pierre-Jean commençait à se lacer de son job de « packager ». J’avais envie de lui dire «  tu sais, parfois je passe plusieurs heures à faire des packages, j’ai 20 ans, et je suis en train de faire ma quatrième année d’étude après le BAC, alors moi aussi ça me fatigue ces packages ! », mais je lui ai plutôt proposé de faire un dessin avec des feutres que j’avais récupéré dans le placard à fournitures. 

« - Qu’est ce que tu veux dessiner ? Un bateau, un arc-en-ciel ?

 - Non je vais plutôt faire une banque, la banque dans laquelle travaille papa à Londres. 

- Très bien, tu le lui donneras après, il sera content. 

- Ah oui, mais je devrais attendre deux semaines, parce que mon papa ne rentre pas avant. » 

Je trouvais ça difficile, pour un petit garçon de son âge, de ne voir son père qu’un week-end tous les quinze jours. Je n’avais pas été élevé comme ça. Mais après tout, beaucoup d’enfants étaient dans sa situation. La journée s’écoula lentement. Elle était rythmée par les pleurs de Philibert, et les cris de sa mère.

9 Comments »

  1. hello miss,
    je pousse un ouf de soulagement que tu n’ai pas eu l’idée d’écrire sur IBM!
    je suis très contente pour toi que ton livre soit publié, je ne savais pas que tu nourrissais une telle passion. En lisant les extraits je n’ai pu m’empécher de passer au diable s’habille en prada. La comparaison est plutot de bon augure pour que ton livre devienne un best seller
    je te fais un gros bisou et encore félicitations (tu m’as donné envie de m’y mettre aussi…)

    Comment by CAROL — April 26, 2007 @ 7:12 pm | Reply

  2. Coucou ma belle !

    C’est bizarre j’ai vraiment eu l’impression de connaître cette histoire et de la revivre ! lol
    Previens-moi des que le livre est publié – j’en veux un !!! avec une dedicace !

    Enormes bisous !
    Quelle Belle Equipe on faisait !

    Comment by Caroline — May 1, 2007 @ 8:14 pm | Reply

  3. Bravo !!!
    A quand le film ??!!! J’ai hâte de nous voir à l’écran !!

    Bises à l’écrivaine et à toute La Belle Equipe…

    Comment by Caro — May 6, 2007 @ 8:15 pm | Reply

  4. Félicitations pour cette initiative d’écriture, utile et rafraîchissante. Cela a éveillé ma curiosité et me donne simplement envie de découvrir la suite de ces aventures hors du commun. Merci pour cette idée généreuse!

    Comment by Matthieu — June 5, 2007 @ 2:03 pm | Reply

  5. Bravo!
    Le diable s’habille en Prada parait effectivement une bonne référence. Je suis frustrée de ne pas avoir plus d’extraits. Quand est la sortie du livre?

    Comment by Sophie — June 5, 2007 @ 2:45 pm | Reply

  6. Bravo!!

    Je suis arrivé ce matin au travail (je suis en stage au Canada) et en voyant ton mail sur le site de l’école je n’ai pas pu m’empêcher de lire l’extrait de ton livre par curiosité.Je dois dire que j’ai été aréablement surpris, tu écris vraiment bien et ton histoire me plait déjà beaucoup car comme tu les dis c’est un peu ce que vivent tous les stagiaires la première fois et j’aurais aimé écrire sur ce qui s’est passé lors de mon premier stage.
    Bonne chance pour la suite, je continuerais à lire le sprochains extraits car je veux vraiment savoir ce qui t’arrive aprés.
    Encore Bravo pour ce que tu fais et je commence déjà à me demander si tu as fait lire ton bouquin à ta boss Colyne, j’imagine la tête qu’elle pourrait faire en lisant ça, tu pourrais lui offrir à moins que tu veuilles lui rendre le paquet de M&M’s qu’elle t’aura peut être offert le dernier jour de ton boulot.
    Ju

    Comment by julien V — June 5, 2007 @ 3:36 pm | Reply

  7. Bonjour Julie

    Félicitations pour ce pro-act et ces extraits qui donnent envie de lire le reste… à quand les mises à jour ?

    Cordialement
    Olivier Pelazza

    Comment by olivier pelazza — June 6, 2007 @ 11:52 am | Reply

  8. Salut,
    je trouve ces extraits interessants, on a envie d’en savoir plus alors a quand les nouveaux extraits?

    Comment by Claire — July 25, 2007 @ 11:52 am | Reply

  9. Hello Julie,
    Petit mot pour te dire que tu nous manques tous ;)
    J’ai adoré tes extraits, j’aimerai en lire plus, mais je n’arrive jamais à prendre le temps de lire,
    En tout cas, si je le lis je te le ferai savoir.
    Je t’embrasse ainsi que Romain.

    Biz
    Olive

    Comment by Olivier V — September 3, 2008 @ 7:15 pm | Reply


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